Il fut l’un des premiers à traduire le dérèglement climatique en monnaie sonnante et trébuchante ou plutôt en novlangue apte à être comprise par un ministre de l’Économie. En 2006, avec son ouvrage L’Économie du changement climatique — baptisé le Stern Review par la suite —, lord Nicholas Stern avait jeté un pavé de 350 pages dans la mare des économistes : ne rien faire contre le changement climatique coûterait à l’humanité l’équivalent de 5 à 20 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, chaque année, contre seulement 1 % pour agir. De quoi leur faire lever les sourcils…
Vingt ans plus tard, le climat s’est emballé, les émissions n’ont pas vraiment commencé à diminuer à l’échelle mondiale. Pourtant, l’économiste britannique continue de croire au pouvoir salvateur de la croissance en dépit des limites matérielles. Débat autour d’un thé — so british — avec Reporterre, lors d’une conférence à l’Académie du climat pour la traduction de son dernier livre : La Révolution climatique (éd. Frémeaux & Associés).
Reporterre — En 2006, vous avez décrit le changement climatique comme une défaillance du marché. Vingt ans plus tard, vous comptez toujours sur ce même marché et la croissance pour résoudre le problème. Le mal n’est-il pas beaucoup plus profond ?
Nicholas Stern — Bien sûr. Il faut transformer nos manières de produire et de consommer, nos villes, l’énergie, les transports, notre usage de la terre et de l’eau. C’est une refonte profonde et urgente, qui exige énormément d’investissements.
Plutôt que d’une révolution, je crois cependant à une refonte de l’économie. La majeure partie des investissements viendra du privé : voitures, isolation, chauffage, production électrique. L’État doit investir dans les infrastructures, notamment les réseaux, et surtout encadrer l’investissement privé grâce aux normes, aux taxes et aux…
Auteur: Laure Noualhat
