Comme on le sait, c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes mais c’est aussi dans les publications les plus confidentielles que l’on trouve les textes les plus précieux. La revue papier Ruines vient de publier son 4e numéro dont nous publions ici le lumineux Cloaca Maxima.
1. CIEL LOURD CHARGÉ DE MORT
« Je suis optimiste : tout dans ce monde est pour le mieux. Le grand médecin Hufeland a fait cette remarque, que les sentiments bienveillants sont favorables à la santé ; – le sage jouit d’une longue vie ; – l’opinion est juste, – la loi récompense les bonnes actions : – après tout, la justice règne dans le monde. »
Joseph Ferrari, Les philosophes salariés
I
Il a d’abord fallu se libérer de l’espoir.
De l’espoir et de ses ruses théologiques.
Toujours un ailleurs et un autrement subsistaient, aussi dogmatiquement qu’abstraitement, et dont la simple évocation transcendantale suffisait à panser les plaies, et à se complaire dans l’absence du penser.
La patiente sécularisation de l’espoir s’est depuis accomplie à travers des temps apocalyptiques. À la fois humble et lyrique, l’espoir est désormais un prêtre de gauche, officiant au cœur d’une église civile qui a renvoyé la révolution, cet éclat messianique, au rayon des accessoires mités. Tout ému de ses paroles souffreteuses et de la joie qu’elles communiquent, il caresse les subjectivités révoltées dans le sens du poil et embrasse à bras le corps l’impuissance des vanités activistes à la carte, terreau riche en larmes et plein de bonne volonté, sur lequel viennent ensuite germer les fleurs de l’abattement.
Si la pointe rouge de l’utopie est absolument nécessaire pour percer l’encerclement fatal dont nous sommes victimes, sa radicale effectivité ne réside pas dans l’entrelacement de la crainte et de l’espoir, c’est-à-dire dans une somme d’aveuglements, mais bien plutôt dans…
Auteur: dev

