La Croix L’Hebdo : Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans le procès des viols de Mazan ?
Clotilde Leguil : Ce qui m’a le plus marquée, au-delà du caractère hors norme des faits jugés et du courage de Gisèle Pelicot, c’est la plaidoirie des deux avocats de la victime, Me Camus et Me Babonneau. Leur plaidoirie était exemplaire d’exigence éthique, mais aussi de justesse clinique. Elle restera comme un message adressé aux générations futures.
En quoi ?
C. L. : J’y ai retrouvé une sensibilité qui est également celle de la psychanalyse. Me Camus a mis l’accent sur une question que tout le monde s’est posée. À savoir : quel est le dénominateur commun entre les 50 coaccusés de Dominique Pelicot ? Me Camus l’a rappelé à la barre : tous ces hommes n’ont pas été abusés enfants ; ils ne sont pas tous des pervers ; tous ne sont pas dans la misère sexuelle ; ils ne sont pas tous consommateurs de pornographie et, enfin, certains ont un casier judiciaire et d’autres pas. Dès lors, comment expliquer qu’ils soient entrés dans un tel dispositif d’abus ?
La réponse proposée par l’avocat, c’est le libre arbitre. Le dénominateur commun entre tous ces hommes, ce n’est pas leur histoire, ce n’est pas la masculinité toxique, ce ne sont pas leurs goûts sexuels… c’est le libre arbitre. Ils sont responsables du choix qu’ils ont fait. C’est un point qui m’a semblé remarquable dans la plaidoirie, d’autant qu’on s’y réfère peu dans la société d’aujourd’hui.
Vous voulez dire qu’ils avaient le choix d’abuser – ou non – de Gisèle Pelicot ?
C. L. : Oui, « le sujet », à un moment, choisit. Ces hommes ont été pris dans un dispositif comprenant une part de manipulation – certains disent s’être sentis sous l’emprise de Dominique Pelicot –, mais la manipulation s’est arrêtée à la porte de la chambre à coucher. Pour faire ce qu’ils ont fait, c’est-à-dire jouir…
Auteur: Marie Boëton et Paula Pinto Gomes

