Trois policiers en rangs serrés gardent l’entrée grillagée d’une banale venelle du 19e arrondissement de Paris. La voie d’à peine trois mètres de large est prise entre des voies de chemin de fer et un mur de briques, surélevé d’un rouleau de barbelés. Comme si les forces de l’ordre ne suffisaient pas, elles sont accompagnées, de l’autre côté de la porte, par plusieurs agents de sécurité privée. Tout ce petit monde ne protège pas une banque, une bijouterie ou un repaire de célébrités : il monte la garde devant le plus grand centre d’hébergement d’urgence d’Île-de-France, le GL Event Center de la Villette, qui doit être évacué ce vendredi 15 mai au petit matin.
En face des forces de l’ordre, une cinquantaine de manifestants, guère menaçants, sont réunis. Ils ont répondu à l’appel de l’association Utopia 56 pour protester contre la remise à la rue de la quarantaine d’habitants qui résident encore dans le centre, parmi lesquels plusieurs enfants en bas âge et des femmes enceintes. Des écharpes bi ou tricolores d’élus de la Ville de Paris s’affairent, tentent de passer le barrage policier. Une délégation parvient à passer la première porte, mais reste bredouille face à la deuxième.
Certains résidents se relaient au mégaphone, pour témoigner de leur quotidien au sein de l’établissement géré par Coallia, l’association délégataire de service public. Saran Kebe énumère : coupures de l’eau chaude dans les douches, privations de nourriture, climatisation activée la nuit empêchant le sommeil ou menaces d’intervention policière jusqu’à tard dans la nuit. Des pratiques qui tranchent avec « la fraternité, l’hospitalité et la proximité », les valeurs autoproclamées de Coallia sur son site internet.
Opacité
Car s’il ne reste que quelques dizaines de résidents dans le centre, qui peut pourtant en accueillir…
Auteur: Martin Eteve

