Le mouvement des agriculteurs-rices a été largement présenté, par les médias et le personnel politique dominants, dans les termes d’une opposition entre le « social » et l’ « écologique ». Cela a largement fait le jeu de la FNSEA, principal syndicat agricole et dominé par de grands agro-industriels, qui a pu présenter comme une victoire « sociale » pour les agriculteurs-rices le recul du gouvernement sur une série de normes et réglementations environnementales.
Dans cet article, Claire Lejeune donne à voir ce rôle de « joker » joué par l’écologie dans le discours néolibéral, et démontre qu’il est possible de penser le social et l’écologique de manière harmonieuse à condition d’avancer dans la voie d’une rupture avec le modèle agricole capitaliste dominant – qui est précisément celui de la Macronie.
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Le mouvement des agriculteurs est à la fois évocateur du mouvement des Gilets jaunes, et radicalement différent de ce dernier dans sa structuration et ses résultats. Comme dans le cas des Gilets jaunes, le mouvement est spontané, difficile à délimiter, car l’écosystème agricole est un patchwork hétérogène de situations, de types d’agriculture, de niveaux de revenu, de techniques employées, avec des intégrations différenciées dans les marchés régionaux, européens et mondiaux et des visions antagonistes du métier lui-même. Des mégafermes et giga exploitations avec leurs champs-usines saturés de pesticides, aux fermes agroécologiques – il est difficile à première vue de voir le terrain d’entente ici.
Néanmoins, comme avec les Gilets jaunes, il existe bel et bien des points de convergence dans les mots d’ordre et revendications. Au-delà de ces disparités, pour une majorité des agriculteurs et paysans qui participent à la lutte, les conditions de vie et de travail sont de plus en plus brutales : de hauts niveaux d’endettement, des niveaux bas de revenus,…
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