La ruée vers les métaux rares
Batteries de véhicules électriques, éoliennes, panneaux photovoltaïques : les métaux rares ou critiques sont devenus indispensables à l’économie dite “verte”. Pourtant, leur extraction compte parmi les industries les plus polluantes au monde. Et ce n’est que le début : selon l’Agence internationale de l’énergie, les besoins en lithium pourraient être multipliés par 42 d’ici 2040, ceux en cobalt par 21.
Dans ce contexte, l’Europe cherche à sécuriser ses approvisionnements. Aujourd’hui, la Chine domine largement le marché, contrôlant environ 70 % de la production mondiale de terres rares et jusqu’à 95 % de leur raffinage.
En 2024, près de la moitié des importations européennes provenaient de Chine, et plus d’un quart de Russie — une dépendance perçue comme un risque stratégique majeur.
Le CRMA : une politique extractiviste assumée
Entré en vigueur le 23 mai 2024, le règlement européen sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act, CRMA) fixe des objectifs ambitieux : d’ici 2030, 10 % des besoins de l’UE devront être extraits sur son sol ou dans des pays partenaires comme la Norvège.
Le texte permet également de labelliser certains projets comme “stratégiques”, facilitant leur financement et accélérant leur mise en œuvre — y compris hors du territoire de l’Union.
Pour l’eurodéputée Emma Fourreau, membre de la commission environnement et de la délégation pour les pays arctiques, cette politique pose un problème fondamental, ainsi qu’elle l’explique à La Relève et La Peste.
“Nous voyons cette législation comme du colonialisme vert, parce que l’objectif affiché — réaliser la transition énergétique de l’Europe, réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine — est un objectif que l’on partage. Le problème, c’est de le faire au détriment des peuples autochtones.”
Elle pointe les conséquences néfastes de ce…
Auteur: Nora Guelton

