Comment a émergé un libertarianisme réactionnaire

Extrait de : Pablo Stefanoni, La rébellion est-elle passée à droite ? Dans le laboratoire mondial des contre-cultures néoréactionnaires, La Découverte, Paris, 2022

La synthèse paléolibertarienne : aller vers le peuple

À la fin des années 1970, Rothbard abandonna le Parti libertarien qu’il avait contribué à fonder et, dans un mouvement de retour au bercail de la old right, il entreprit d’élaborer une nouvelle articulation entre principes libertariens et idées conservatrices. Selon Miguel Anxo Bastos Boubeta, il s’agissait d’une synthèse des axiomes de l’école autrichienne d’économie, des postulats de la tradition   libertarienne et des idées de la old right – quelque chose comme une pensée « réactionnaire radicale », selon la définition même de son auteur, qui n’hésitait pas, ce faisant, à s’approprier l’étiquette infamante dont l’affublaient certains de ses détracteurs. Il déclarait de fait préférer des termes tels que « réactionnaire », « droite radicale » ou même « droite dure » (hard right), à « conservateur ». Mais au-delà de son désir de délimiter clairement ce qui le séparait du (néo-) conservatisme officiel, lequel avait d’après lui capitulé face à l’étatisme, cette radicalité réactionnaire renvoyait à son aspiration à revenir à l’époque bénie des États-Unis d’avant 1910. Les fonctions et le domaine d’intervention de l’État étaient alors encore relativement réduits, les impôts faibles, le dollar robuste et le pays voué à un bienheureux isolement.  Au-delà de ses éphémères esquisses de rapprochement avec la nouvelle gauche, Rothbard était au fond « un conservateur culturel qui se sentait à l’aise dans les milieux cultu rels de droite » (Bastos Boubeta, 2013). Dans son article « Why Paleo ? », publié à l’origine en 1990, il souligne que la liberté aura tendance à mieux s’épanouir au sein d’une culture bourgeoise et chrétienne. C’est dans ce texte qu’il introduit le terme « paléolibertarianisme » en tant que forme spécifique d’articulation entre idées libertariennes et valeurs conservatrices, voire autoritaires.

L’objectif d’abolition tendancielle de l’État demeure, mais il va désormais de pair avec le renforcement des institutions sociales traditionnelles. La liberté est une condition nécessaire mais non suffisante : les institutions de la société civile sont indispensables pour encourager la vertu publique et, surtout, protéger les individus contre l’État. Ces institutions sont la famille,…

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Auteur: redaction