En 1997, la chercheuse du MIT Latanya Sweeney utilisait une base de données de santé déclarée « anonymisée » et la recoupait avec les informations de la base électorale de la ville de Cambridge, dans le Massachussetts aux États-Unis, pour réidentifier le dossier médical du gouverneur de l’État, William Weld – et déduire qu’il souffrait d’un cancer.
En 2010, les données de recensement aux États-Unis, bien qu’elles aient été déclarées anonymisées, ont permis à des chercheurs de réidentifier massivement des individus, en particulier des adolescents transgenres.
Yves-Alexandre De Montjoye a démontré en 2013 que nos données de géolocalisation étaient très identifiantes : 4 points de géolocalisation collectés à différents moments de la journée suffisent à réidentifier avec 95 % de chance de succès un individu dans un jeu de données rassemblant les traces des déplacements de 1,5 million personnes.
De nos jours, quasiment tous les acteurs fournissant un service, qu’ils soient une entreprise, une association, une collectivité ou une administration, collectent les données personnelles des utilisateurs ou usagers : adresses postales, noms, prénoms, biens achetés, montants… Ces données personnelles sont utiles pour profiler les clients, vendre des biens ajustés à leurs besoins ou pour valoriser économiquement ces données, par exemple avec de la publicité ciblée.
Les raisons pour qu’un fournisseur de services anonymise ses données sont multiples, mais c’est avant tout dans un souci de se conformer au règlement Européen, le « RGPD », qui se veut protecteur de la vie privée des citoyens. Si le fournisseur de services veut conserver des données au-delà de la durée réglementaire (36 mois par exemple pour les opérations de prospection commerciale) ou s’il ne dispose pas des moyens techniques pour garantir la sécurité de ces données, il doit les « anonymiser », pour que ces données ne puissent plus être reliées à une personne.
Le « risque zéro » n’existe pas
En pratique, il existe plusieurs techniques pour anonymiser les données, chacune avec leurs limites. Les méthodes et outils peuvent être contournés par des individus malveillants disposant de suffisamment de données auxiliaires et de capacités pour effectuer des attaques.
De plus, en anonymisant des données, on « dégrade leur qualité », c’est-à-dire qu’elles perdent peu à peu de…
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Auteur: Maryline Laurent, Professeur Directrice du département RST, Télécom SudParis, Institut Polytechnique de Paris, Télécom SudParis – Institut Mines-Télécom

