La sortie du remarquable film de Jonathan Glazer, La Zone d’intérêt, a ravivé la querelle des interprétations du nazisme.
Les qualités du long-métrage sont indéniables, mais il décrit avant tout Rudolf Höss, le commandant d’Auschwitz, comme l’organisateur d’une entreprise d’extermination. Certaines scènes, comme la rencontre avec des industriels chargés d’améliorer le rendement des chambres à gaz, le montrent soucieux d’accroître leur efficacité, à l’instar d’un chef d’entreprise principalement guidé par des objectifs de rentabilité.
Aussi la dimension idéologique, le fervent nazisme de Höss, peut-il apparaître comme secondaire, nonobstant le fait que, dans son autobiographie Le commandant d’Auschwitz parle, il se présente comme « un adepte fanatique du national-socialisme, convaincu que notre idéal finirait par triompher et que la prédominance de la juiverie se trouverait ainsi éliminée ».
Quelques historiens, et non des moindres, donnent du crédit à l’idée selon laquelle le projet nazi ne serait au fond que l’expression, certes exacerbée, de la logique de performance industrielle.
Mais peut-on raisonnablement assimiler la gestion des ressources humaines dans le capitalisme à celle des victimes du nazisme dans les fours crématoires ? Parvient-on à comprendre la nature du nazisme en ne retenant que les modalités de la mise à mort et en évacuant totalement les motivations de celles-ci ?
Deux approches divergentes
Suite à la diffusion, en 1978 aux États-Unis, de la série Holocaust du réalisateur Marvin Chomsky, l’intérêt du monde universitaire pour l’histoire de la Shoah alla croissant. En 1983, se tint à Paris un premier colloque, à l’instigation de l’historien François Furet, alors directeur de l’École…
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Auteur: Alain Policar, Chercheur associé en science politique (Cevipof), Sciences Po

