Comment démocratiser l’université ?

Dans L’université qui vient. Un nouveau régime de sélection scolaire (Raisons d’agir, 2022), Cédric Hugrée et Tristan Poullaouec (avec lesquels nous nous étions entretenus en avril 2018) ne se contentent pas de dresser le bilan des contre-réformes successives qui ont mis l’université en « crise organisée ». Ils inscrivent leurs analyses dans les transformations des politiques éducatives au 20e et 21 siècles. Ils s’attachent en particulier aux trajectoires et pratiques universitaires des étudiant·es des classes populaires, qui placent désormais l’obtention de diplômes du supérieur au cœur de leurs préoccupations, mais qui subissent de plein fouet la sélection, la marchandisation et la dégradation des conditions d’étude.

Que faire ? S’il faut supprimer Parcoursup, refinancer l’université – pour inverser la baisse du budget par étudiant·e subie depuis 15 ans – et recruter du personnel (enseignant ou non), cela n’est pas suffisant pour concrétiser le « droit à la réussite à l’université de toutes et tous ». Puisque l’université ne saurait effacer les inégalités scolaires qui ont marqué les étudiant·es aux niveaux primaire et secondaire, c’est une transformation radicale de l’enseignement que les auteurs proposent dans la conclusion que nous reproduisons ici (p. 141-158). Voici donc des propositions pour un enseignement supérieur plus égalitaire, pour une université réellement ouverte à tou·tes.

Après avoir accueilli à la fin du siècle dernier les nouveaux étudiants portés par la politique scolaire visant 80 % de bacheliers dans une génération, les premiers cycles universitaires se sont adaptés tant bien que mal depuis le début des années 2000 à des bouleversements des conditions d’inscription, d’étude, de formation, d’orientation et de validation dans un contexte budgétaire très dégradé (chapitre 1). Ces transformations ont cependant dessiné un nouveau régime de sélection scolaire à l’université qui présente un double visage. D’un côté, l’accès à la licence s’est relativement banalisé, en premier lieu parmi les jeunes femmes. La poursuite d’étude après le bac révèle aussi de nouvelles lignes de clivage à l’intérieur des classes populaires (chapitre 2). De l’autre, les dispositifs adoptés pour lutter contre l’échec ont largement échoué à prévenir les « ruptures universitaires » (chapitre 3) toujours très fréquentes et très dépendantes des acquis scolaires jusqu’au bac, en particulier chez les…

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Auteur: redaction

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