Comment des milliers de composés potentiellement cancérogènes se retrouvent sur le marché

Du cadmium dans les céréales du petit déjeuner, des PFAS dans l’eau potable, des additifs alimentaires dans les viandes transformées… Chaque mois ou presque, de nouvelles expositions à des cancérogènes sont dévoilées et occupent la Une des journaux. Dès lors, se pose une question : comment la cancérogénicité des composés chimiques en circulation est-elle évaluée ?

Auteur de Classé cancérogène (Presses de Sciences Po, 2025), le sociologue et politiste au CNRS Valentin Thomas enquête depuis dix ans sur les institutions chargées de ce processus. Il décrit à Reporterre le peu d’exigences entourant la mise sur le marché de nouvelles substances, et le poids des lobbies industriels.


Reporterre — Seuls 4 % des cancers advenus en France en 2015 seraient attribuables aux expositions industrielles, d’après une étude de l’Institut national du cancer (Inca) et du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), relayée par Santé publique France. En comparaison, l’alcool et le tabac seraient eux à l’origine de 28 % d’entre eux. Que vous évoque un tel écart ?

Valentin Thomas — Ces chiffres sont régulièrement utilisés par des acteurs et des actrices scientifiques mais aussi politiques. Plus encore, ils orientent les politiques de recherche, mais également les politiques publiques de prévention. Il faut donc les prendre très au sérieux.

Alors comment ont-ils été élaborés ? Afin d’estimer la fraction attribuable aux expositions industrielles, les auteurs et autrices du rapport se sont appuyés sur les données à disposition pour savoir quelles substances introduire dans leurs calculs.

Étant donné les propriétés de la maladie et l’état des connaissances, l’exercice est difficile. Deux critères ont notamment guidé leur choix : que l’on dispose de données d’exposition au travail et hors travail, et que le CIRC considère un niveau de preuve suffisant ou limité chez les…

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Auteur: Emmanuel Clévenot

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