Comment j’ai appris à aimer les faits divers

Je croyais ne pas avoir la passion des faits divers. Même si, grâce à des écrivains comme Gustave Flaubert ou Dominique Manotti, des journalistes comme Fabrice Drouelle ou Laurent Valdiguié, ou des cinéastes comme Claude Chabrol ou Alice Diop, je conçois qu’il puisse y avoir là matière à fascination. D’où vient-elle ?

Elle trouve sa source dans la façon dont on les raconte : ce sont leurs narrations qui assurent aux faits divers des existences en tant qu’événements singuliers. Sans ce travail (j’insiste sur ce mot), leurs existences ne seraient que des drames personnels et insignifiants. Certains, avec des mots, des images ou des sons, avec leur voix, leur donnent vie. En somme, il y a des créateurs de faits divers qui ne sont pas les auteurs des crimes commis.

Le fait divers doit susciter chez celui qui le découvre une émotion immédiate qui va le situer dans le champ de l’extra-ordinaire.

Car oui, un fait divers est souvent un crime. Particulièrement glauque ou particulièrement violent, impliquant des intrigants (souvent des amants ou des familles mais parfois aussi des serials killers aux âmes froides et fascinantes), il doit susciter chez celui qui le découvre une émotion immédiate qui va le situer dans le champ de l’extra-ordinaire. Ainsi, un accident de voiture ayant conduit à la mort des occupants du véhicule n’est pas un fait divers s’il est simplement une statistique du ministère de l’Intérieur.

En revanche, lorsqu’il est raconté en détail, que les protagonistes sont brossés avec justesse, s’il est inscrit dans un destin réel ou fantasmé, alors il devient un fait divers. Évidemment, lorsqu’il implique des enfants ou des célébrités, la charge émotionnelle est décuplée et l’effet de sidération est d’autant plus important.

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Auteur: Pablo Pillaud-Vivien

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