Monheurt, Lagruère et Saint-Léger (Lot-et-Garonne), reportage
Jean-Claude Dalliès se souvient parfaitement du 8 juin 2018. Le paysan de 85 ans s’est rendu ce jour-là chez le notaire, accompagné de ses cinq sœurs. La société Dragages du pont de Saint-Léger, entreprise du Lot-et-Garonne spécialisée dans l’extraction des matériaux, voulait leur acheter 10 hectares de terres et la ferme familiale.
La proposition était alléchante : 20 000 euros l’hectare — alors que les prix agricoles varient entre 8 000 et 13 000 euros — et 100 000 euros pour la maison mal isolée qu’occupe Jean-Claude, à Monheurt, à 800 mètres de la Garonne. Qu’est-ce qui pouvait bien les intéresser ? « La grave, dans le sol, c’est de l’or sous nos pieds », dit l’homme au dos à l’équerre, le bras droit greffé à sa béquille. Un corps « tué » par le travail débuté « à 11 ans ».
Dans la fratrie, il est le seul à avoir refusé. Dans le village aussi. Alors, la société a trouvé d’autres hectares à creuser, avec une gravière — une carrière de graviers — qui s’étend sur près de 30 hectares. Depuis deux ans, une dragline, une haute pelle mécanique mobile qui racle le sol pour récolter les granulats, gratte le champ en face de sa fenêtre. Un poste d’observation privilégié pour assister à la vidange des terres arables : « En sept coups, trois minutes et trente secondes, la dragline ramasse 20 tonnes. J’ai compté. »
Ces terres riches en alluvions, renouvelées par les débordements du fleuve, sont convoitées par les extracteurs. Encore plus avec la LGV Bordeaux-Toulouse, un projet gigantesque estimé à 14 milliards d’euros en 2020, qui aiguise leurs appétits. Selon l’Union nationale des producteurs de granulats, il faut 10 000 tonnes de ce matériau pour construire un kilomètre de voie ferrée — plus précisément pour constituer le ballast sous les rails.
Autorisation pour…
Auteur: Nicolas Beublet, Timothée Buisson

