Quand il raconte son expulsion, Ibrahima mime : les menottes aux mains et aux pieds reliées par une chaîne, la grosse ceinture qui lui enserrait le ventre. Il répète « je comprends pas, je vous jure, je comprends pas ». Au début du mois de juin 2024, il est arrêté lors d’un contrôle de police.
En garde à vue, on l’informe : il a une obligation de quitter le territoire français (OQTF) signée par lui datant du 6 novembre 2023. Il n’a jamais vu ce document. La signature n’est pas la sienne. Personne ne le croit. « Les policiers n’ont pas voulu m’écouter. »
Le 4 juin, il est mené au CRA du Mesnil-Amelot, où sont enfermés les étrangers à qui l’administration ordonne de quitter le territoire avant, pour certains, d’être mis de force dans des avions. Un premier recours est introduit par l’association présente dans le CRA pour faire annuler l’OQTF. Le juge répond que le délai pour contester l’OQTF est dépassé et que la requête est irrecevable. Ibrahima ne comprend pas et contacte un avocat, Augustin Sauvadet. La question d’une erreur de la préfecture se pose : les signatures ne concordent pas, la ville de naissance n’est pas la bonne. Les délais sont serrés. « Avant qu’on ait pu monter un dossier et faire quelque chose, il est amené à l’avion », raconte son avocat.
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Le CRA du Mesnil Amelot est juste à côté de l’aéroport. Ibrahima se souvient des gens qui y devenaient fous, comme cet homme qui avait avalé une lame de rasoir. « Ils savent nous mettre sous pression », dit-il en se souvenant des avions qui défilaient en continu juste au-dessus de leur tête. Fin juin, sa compagne accouche….
Auteur: Pauline Migevant

