Le monde vient de fêter le 79e anniversaire de la victoire de 1945. En Russie, où elle a traditionnellement lieu le 9 mai, il s’agissait de la troisième commémoration depuis l’invasion de l’Ukraine. Comment honorer la mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans un pays de nouveau en guerre ?
En réalité, la frontière entre les deux conflits est de plus en plus ténue dans la rhétorique officielle. La mémoire de ce qu’on appelle encore en Russie « la Grande Guerre patriotique » – phase de la Seconde Guerre mondiale qui va de l’invasion de l’URSS à la capitulation de l’Allemagne, donc de juin 1941 à mai 1945 ; cette appellation était traditionnellement employée en URSS à la place de « Seconde Guerre mondiale », et continue de l’être dans la Russie poutinienne – est fortement instrumentalisée par le pouvoir et semble servir avant tout à délivrer un discours sur le présent plutôt que sur le passé. Un discours de légitimation de la guerre actuelle relayé aussi bien par la parole des dirigeants qu’à travers les pratiques commémoratives que l’on peut observer le 9 mai. Depuis l’invasion de l’Ukraine, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est plus que jamais une arène de lutte politique.
La mémoire de la « Grande Guerre patriotique » comme discours de légitimation de la guerre en Ukraine
Le lien entre les deux conflits est constamment opéré, semant la confusion et les amalgames de part et d’autre.
Les nombreuses références à la Seconde Guerre mondiale dans le discours inquiétant prononcé par Vladimir Poutine trois jours avant l’invasion avaient marqué les esprits. Depuis, il convoque constamment cette mémoire, pour consolider sa justification de la guerre en Ukraine. En témoigne le recours à toute une terminologie habituellement appliquée à la période de 1939-1945 (« nazi », « génocide »…).
Le dénominateur de ces deux conflits serait la lutte contre le…
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Auteur: Sarah Gruszka, Historienne, chercheuse associée au CERCEC (EHESS/CNRS) et à l’UMR Eur’orbem (Sorbonne Université/CNRS), Sorbonne Université

