Comment le Qatar est parvenu à se positionner sur la scène internationale

Comment un État «jeune» — il n’est indépendant que depuis 1971 – et dénué de tout attribut classique de la puissance est-il devenu en l’espace de quelques années un acteur international de premier plan, sur lequel les projecteurs du monde entier sont braqués au moment où il s’apprête à accueillir la Coupe du Monde de football ?

Pour comprendre la trajectoire spectaculaire du Qatar, il convient d’examiner les stratégies de politique étrangère qu’il a employées, principalement l’alliance avec les grandes puissances, la pratique du « hedging » (une approche consistant à maintenir de bonnes relations avec tous les acteurs de la communauté internationale, ignorant les divergences que certains peuvent avoir entre eux), et la « diplomatie de niches ».

Si cette politique étrangère avait avant tout pour objectif de sécuriser la souveraineté de l’émirat, elle a été rapidement mise au service d’une quête démesurée de puissance, favorisée par un affaiblissement du leadership traditionnel dans le monde arabe.

Le Qatar est donc progressivement arrivé à se hisser au-devant de la scène régionale, non sans susciter des critiques, y compris de la part de ses voisins.

25 premières années d’existence dans l’ombre de Riyad

Protectorat britannique de 1916 à 1968, le Qatar – petit émirat de la péninsule arabique d’une superficie de 11 571 km2 (environ celle de l’Île de France, pour donner un ordre de comparaison) et peuplé de quelque 2,5 millions de personnes aujourd’hui, dont à peine 10 % de Qataris, les autres résidents étant des travailleurs étrangers – n’a qu’une seule frontière terrestre, qui plus est controversée : avec l’immense Arabie saoudite, près de deux cents fois plus étendue.

Le Qatar est en quelque sorte coincé entre les deux géants que sont l’Arabie saoudite et l’Iran.
Peter Hermes Furian/Shutterstock

Après son indépendance en 1971, le pays évolue durant près de 25 ans dans l’ombre de Riyad.

À cette époque, plusieurs facteurs constituent de véritables menaces pour son existence. D’abord, une situation géopolitique délicate, aggravée par des litiges frontaliers avec le Bahreïn et l’Arabie saoudite.

Ensuite, ses ressources naturelles, certes abondantes, se révèlent aussi être un danger, car pouvant exciter les appétits de ses voisins, notamment de l’Iran. Le Qatar partage en effet avec ce dernier la plus importante poche gazière au monde, le North Dome/South Pars, qui s’étend sur 9 700 km2, dont 6 000 km2 dans les eaux qataries.

Pour éviter les tensions, Doha s’efforce de conserver de bonnes relations avec Téhéran, ignorant certaines déclarations menaçantes ou lui signalant discrètement certaines infiltrations de ses foreurs dans ses eaux. À mesure que le gisement est mis en valeur, il apparaît comme étant la condition du développement du Qatar,…

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Auteur: Lama Fakih, Docteure en histoire contemporaine et relations internationales, chargée de cours sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient contemporain, ainsi que sur les puissances et énergies dans le Golfe arabo-persique, University of Saint Joseph

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