Comment faire changer les idées politiques de ceux qui nous entourent ? Cette question est au cœur de la réflexion de celles et ceux qui prônent un changement de société, et se concentre le plus souvent autour d’une notion à la mode : la bataille culturelle. Par les mots, par les médias, par le retour de “grands récits”, on pourrait parvenir à convaincre les gens de rallier le camp conforme à leurs intérêts de classe, par exemple. Ce que nous dit le sociologue Vivek Chibber dans un article récent, c’est que ce tournant culturel du marxisme, de l’action vers les idées, est excessif et inefficace. Il tient grandement au fait que la théorie du changement social est passée des mains du mouvement ouvrier à celui des universitaires, qui ont eu beau jeu de décrire une méthodologie qui leur donne un rôle prépondérant : parler, analyser, produire du discours afin de changer la société. Stratégie largement partagée désormais par les organisations de gauche ou d’extrême-gauche qui, faute d’ancrage suffisant dans la vie quotidienne, s’engagent à “mener la bataille culturelle”. Or, nos convictions politiques (ce que je pense qu’il faut faire collectivement) et nos croyances sociales (ce que je pense qu’il est possible de faire avec mes compatriotes/l’humanité telle qu’elle est), sont bien plus forgées par notre quotidien plutôt qu’au niveau des idées avec lesquelles nous sommes en contact. C’est en fonction de notre expérience de la vie et surtout des autres que nous adhérons à des idéaux politiques plus ou moins égalitaires, plus ou moins libertaires, plus ou moins fascistes. Et l’un des lieux où cette expérience des autres est particulièrement déterminante, c’est le travail. C’est ce que viennent montrer deux études aux résultats particulièrement précieux.
La faible autonomie et le travail de nuit favorisent le vote RN
Auteur: Nicolas Framont

