Si la tradition artistique contribue à la légitimation d’un canon – un modèle unique et hégémonique du point de vue social et politique – fondé sur le modèle masculin, blanc, cisgenre, hétérosexuel, valide et de classe sociale aisée, des groupes ou des individus minoritaires n’ont pas eu historiquement les moyens matériels de se représenter et sont alors dépeints par le regard dominant.
Dans mon ouvrage, Art queer. Histoire et théorie des représentations LGBTQIA+_ (éditions Double ponctuation, 2024), j’investis différentes perspectives pour explorer l’art queer, en posant notamment la question de la manière de représenter des subjectivités queers.
Le terme « queer » est une expression anglophone désignant ce qui est « étrange », « bizarre », « tordu », et s’oppose à celui de « straight », signifiant « droit » mais aussi « hétérosexuel ». Il est alors d’abord utilisé comme une insulte pour qualifier des sexualités non-hétérosexuelles au cours du XIXe siècle, avant d’être détourné de manière positive par les communautés concernées pour s’auto-qualifier, notamment avec l’émergence de groupes activistes comme Queer Nation dans les années 1980-1990 aux États-Unis, en pleine épidémie du sida.
Par son ancrage politique et social, mon travail met en évidence la réappropriation par les artistes LGBTQIA+ des images de leur propre communauté. Afin d’articuler la vie et l’expérience réelle des personnes avec l’image qui en est faite, des artistes s’emparent en particulier du format de la photographie.
Travailler le passé et le présent
Dans cette quête de « réparation » de la représentation des communautés queers, il est possible d’observer deux tendances. La première s’articule autour d’un retour sur le passé pour créer de l’archive politique, permettant à la communauté queer de s’identifier à des modèles. C’est le cas en…
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Auteur: Quentin Petit Dit Duhal, Docteur en Histoire de l’art, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

