Balkans, correspondance
Plus d’une semaine après la victoire de la Liste étudiante (LS) aux législatives du 25 octobre, la Serbie peine encore à y croire. Les bureaux de vote à peine fermés, le dirigeant national-populiste Aleksandar Vučić reconnaissait sa défaite. Cette déclaration inattendue de « l’Orbán de Serbie », en référence à l’ex-Premier ministre hongrois d’extrême droite, a déclenché des explosions de joie et des rassemblements spontanés partout dans ce pays de 6,5 millions d’habitants. « Je pense que les vingt-quatre heures de célébration dans toute la Serbie illustrent le mieux ce que nous ressentons tous : tout cela semble irréel », résume Nikola Čuturić, un étudiant en informatique de 24 ans.
En remportant la majorité absolue avec 53 % des suffrages contre 39 % pour la coalition au pouvoir, le mouvement étudiant a mis fin à près de quinze ans de domination sans partage du Parti progressiste serbe (SNS) de Vučić. Près de quinze années d’une pratique autoritaire et quasi mafieuse du pouvoir qui a mis au pas les institutions et les principaux médias, et consacré le népotisme comme mode de gouvernance.
Tous nos efforts ont porté leurs fruits !
Mais la catastrophe de Novi Sad du 1er novembre 2024 a déclenché un puissant mouvement de révolte. L’effondrement de l’auvent en béton de la gare, tout juste rénovée, a fait seize morts, et le drame est devenu le symbole d’un clientélisme meurtrier. À la pointe d’une mobilisation quasi quotidienne pour la justice et l’État de droit, les étudiants, organisés en assemblée générale, ont impulsé des rassemblements d’une ampleur inédite dans l’histoire récente du pays, et multiplié les marches et les blocages pour secouer l’ensemble de la société. Malgré la répression, leur détermination à « libérer la Serbie de la corruption » a fini par contraindre le président Vučić à convoquer des…
Auteur: Louis Seiller
