Comment les grands exploitants détournent un statut censé protéger les petits paysans

Nantes (Loire-Atlantique), correspondance

Pour l’historien émérite René Bourrigaud, il y a eu deux temps forts dans l’émancipation paysanne : « L’abolition des privilèges en 1789 permettant de se libérer de la tutelle des seigneurs, puis en 1946 la création du fermage pour se libérer de la tutelle des grands propriétaires fonciers. » Le fermage vient tout juste de fêter ses 80 ans. À cette occasion, l’historien était invité à un colloque organisé le 11 avril, en Loire-Atlantique, par le syndicat la Confédération paysanne.

Si ce statut, loin d’être un détail administratif, reste largement plébiscité, il est de plus en plus bousculé à l’heure où l’accès au foncier agricole fait l’objet d’âpres tensions, notamment avec l’artificialisation au profit de projets immobiliers ou l’agrandissement de fermes existantes au détriment des installations. Pour comprendre l’importance du fermage, véritable révolution pour l’agriculture française, revenons d’abord sur ses origines.

Cette conquête sociale pour les « travailleurs de la Terre » émerge juste après la Libération, en même temps que d’autres droits sociaux tels que la Sécurité sociale. Le général de Gaulle nomme alors le grand résistant breton François Tanguy-Prigent au poste de ministre de l’Agriculture. Figure de la gauche sociale, il accède à des revendications de fermiers et métayers, fatigués d’être à la merci des propriétaires terriens. Ceux-ci se servent de grandes rations dans leur production, peuvent faire varier les prix du loyer et surtout les virer sans avoir de motif à avancer. Une épée de Damoclès permanente. Comment anticiper la conduite d’un élevage et de cultures dans ces conditions ?

La loi du 13 avril 1946 change complètement l’équilibre : le fermage devient une location encadrée favorisant celui qui s’occupe de la terre plutôt que celui qui la possède. Désormais, un bail…

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Auteur: Mathilde Doiezie

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