Chaque parent concerné garde en mémoire sa petite anecdote. Son histoire personnelle prise dans un tourbillon de surprise ou d’étonnement feint, de doute ou d’ultime confirmation. Pour Aude, c’était un soir de 2020. Son enfant de 16 ans et demi lui demande de sortir sur la terrasse, avec un malicieux petit sourire en coin : « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est que je fume. La bonne, c’est que je suis trans. Je suis une fille. » Frédéric, lui, était au travail. Pause-déjeuner, sandwich entre les mains. Le téléphone sonne. « Papa, je suis dysphorique de genre. »
Chez Nathalie, c’était moins une surprise que la continuité d’un long processus, moins une rupture qu’une étape supplémentaire au cours d’une jeune vie de chicanes amoureuses. Aux annonces directes ou trébuchantes, leurs réactions vives ou silencieuses. Pas simple pour la mère, le père, ou les deux, d’avoir, dans l’instant, la meilleure attitude. Ou simplement celle qu’attendrait son enfant. Pris de court. Sur le vif. Admiratif, aussi, du courage de la transgression, de la vertigineuse déclaration, quand il y en a une. Inquiet, aussi, de tout ce qui pourrait suivre.
« Dysphorique de genre ». Les secondes passent quand Frédéric entend sa fille prononcer cette expression. Une poignée de secondes avant que ne sorte cette phrase un peu brouillonne : « Bon, je finis mon sandwich et je te rappelle dans quinze minutes. »
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Auteur: Hugo Boursier

