Dans un podcast intitulé “Liberté d’entreprendre” (ça ne s’invente pas), la cheffe d’entreprise, caricature absolue de la startup nation, Claire Despagne ironise sur les exigences de jeunes travailleurs, souhaitant, les insolents, des salaires décents, travailler moins de 80 heures par semaine ou préférant faire des alternances à des stages…
Ses propos, pourtant parfaitement conformes à la pensée dominante chez le patronat et nombre de managers, ont déclenché un gros bad buzz, bien mérité, notamment grâce au groupe Neurchi de flexibilisation du marché du travail, essentiellement constitué de jeunes étudiants et diplômés précarisés ayant un rapport très critique vis-à-vis du “monde de l’entreprise” et le manifestant par l’humour.
Cela a donc donné lieu à de très nombreux memes et blagues, tous assez drôles.
J’ai laissé ma place à un homme de 75 ans dans le métro ce matin qui allait travailler ?? Il m’a confié que Claire Despagne l’avait pris en stage il y a 40 ans et qu’il n’avait tjr pas fini ses heures
— trash pétasse (@mathilde_gullme) May 11, 2022
Mais au-delà des blagues, justement, la réaction massive (voir les commentaires Google sur son entreprise) témoigne de quelque chose : la fonction structurelle de la massification des stages dans les rapports de force au travail.
Car loin de son rôle de formation affichée (dans le réel les stagiaires sont rarement formés à quelque chose et on leur demande le plus souvent d’être préalablement compétents et d’avoir de l’expérience), la fonction réelle du stage est de mettre en concurrence les travailleurs salariés avec des travailleurs non-salariés, sans droit, ultra-précarisés et dociles.
Les “droits des stagiaires”, une chimère encore jamais observée dans la réalité
Si le droit du travail est très souvent bafoué, le “droit des stagiaires” appartient encore à une autre catégorie, celle de l’imagination. Si quelques textes existent, il apparaît assez évident que personne ne les a jamais lus, ni pris en compte : ni les entreprises, ni les écoles et les facs, ni les stagiaires eux-mêmes qu’on ne met jamais en position de pouvoir défendre leurs droits parfaitement fictifs.
Car sur le papier, certaines dispositions – qui ne dépendent pas du Code du travail mais du Code de l’éducation, ce qui est loin d’être un détail puisque cela participe à refuser le statut de travailleur au stagiaire – sont censées “protéger” des abus.
Parmi…
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Auteur: Rédaction Frustration Mag

