Le rapport porté par le député ciottiste Charles Alloncle (UDR) ne doit pas être lu comme une simple proposition technique de réorganisation de l’audiovisuel public. Il s’agit d’un marqueur idéologique clair, d’un avant-goût du projet que l’extrême droite entend imposer aux libertés fondamentales, à commencer par celle d’informer. Car derrière les mots de « rationalisation », de « neutralité » ou de « rigueur budgétaire », se cache une offensive bien plus profonde : remettre au pas un service public accusé d’être trop indépendant, trop pluraliste, autrement dit trop difficile à contrôler.
Le reproche récurrent formulé par l’extrême droite contre l’audiovisuel public, celui d’un prétendu biais idéologique, de gauche selon lui, sert ici de prétexte à une entreprise de domestication. L’objectif n’est pas de corriger un déséquilibre, mais de redéfinir les règles du jeu pour affaiblir toute parole médiatique qui échappe à son influence.
La concentration des médias produit une information calibrée par des intérêts économiques et une homogénéisation des discours.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie désormais familière : outre le fait que l’extrême droite rêve de privatiser l’audiovisuel public, ce rapport participe d’une délégitimation globale des institutions publiques pour mieux justifier leur démantèlement. En fragilisant l’audiovisuel public, elle prépare le terrain à un paysage médiatique dominé par quelques grands groupes privés, déjà en position de force.
Or cette concentration n’est pas neutre. Elle produit une information calibrée par des intérêts économiques et une homogénéisation des discours. Affaiblir le service public revient donc à réduire les espaces où peut encore s’exprimer une véritable diversité de points de vue, même si cette mission de service public reste encore loin d’être…
Auteur: Pierre Jacquemain

