Comment l’Histoire est réécrite par les dominants

On connaît cette formule célèbre “l’histoire est écrite par les vainqueurs”. Si les choses sont évidemment un peu plus complexes, elle a sa part de justesse. En 1995, c’est l’anthropologue haïtien Michel-Rolph Trouillot (1949-2012) qui traitait en profondeur de cette question dans un ouvrage intitulé Faire taire le passé. En Amérique cet ouvrage a été d’une très grande importance, mais il a fallu attendre une trentaine d’années pour que nous ayons une traduction en français : ce sont les éditions LUX qui s’y sont attelées l’année dernière. Dans ce livre, le chercheur analyse finement comment certains évènements, pourtant majeurs, sont oubliés tandis que d’autres, beaucoup plus mineurs, sont célébrés. Nous revenons ici sur certains exemples probants qu’il donne : la dite “découverte de l’Amérique”, l’esclavage au Brésil et dans les Caraïbes, la méconnue et pourtant fondamentale révolution haïtienne, mais nous élargissons aussi à la “famine” irlandaise. 

Comment certaines histoires sont racontées et d’autres sont tues

Dans le langage courant, le mot “histoire” désigne à la fois les faits et le récit de ces faits : à la fois “ce qu’il s’est passé” et “ce qu’on dit qu’il s’est passé”. Pour Michel-Rolph Trouillot, cette ambiguïté rappelle qu’entre les événements et le récit que nous en faisons, beaucoup de choses se produisent : certains faits sont remarqués et d’autres passent inaperçus, certains laissent des traces et d’autres non, certaines traces, justement, sont conservées, classées et transformées en sources tandis que d’autres disparaissent. Autrement dit, à chaque étape, des choix sont faits. “Les présences et les absences qui se matérialisent dans les sources (…) ou dans les archives (…) ne sont ni neutres ni naturelles. Elles sont créées”, écrit Trouillot. Les sources elles-mêmes privilégient donc certains…

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Auteur: Rob Grams