Jusqu’ici, le débat sur les méfaits climatiques de l’intelligence artificielle s’est surtout concentré sur son appétit électrique. Les data centers, toujours plus nombreux et gigantesques, pourraient voir leur consommation quadrupler en France d’ici dix ans jusqu’à représenter 7,5 % de la demande nationale, selon le Shift Project.
Pour nourrir cette croissance, certains géants de la tech se tournent vers le gaz, à l’image de xAI, l’entreprise d’IA d’Elon Musk, qui a installé des turbines à Memphis, ville portuaire étasunienne, tandis qu’Amazon fait construire dans l’ouest du Texas une centrale autorisée à émettre plus de 30 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an, soit plus que n’importe quelle autre infrastructure dans le pays.
L’essentiel se joue pourtant ailleurs. Une étude, publiée début août dans la revue NPJ Climate Action par d’anciens employés de Microsoft spécialisés dans le développement durable, révèle que l’intelligence artificielle (IA) ne se contente pas de consommer des énergies fossiles pour fonctionner. Elle aide aussi les compagnies pétrolières à en extraire davantage, plus vite, à moindre coût et avec de meilleurs rendements. Selon les auteurs, les émissions supplémentaires ainsi rendues possibles pourraient être 3,3 à 13,3 fois supérieures à celles liées à l’alimentation électrique des data centers.
Des algorithmes pour forer
L’étude s’appuie sur la notion d’« enabled emissions », que l’on peut traduire par « émissions induites » ou « facilitées ». Il s’agit d’émissions de gaz à effet de serre produites, voire amplifiées par l’usage de technologies dans le secteur des énergies fossiles. « Nous avons modélisé l’IA comme un amplificateur de productivité capable d’accélérer simultanément la production de combustibles fossiles et d’énergie renouvelable », explique sur LinkedIn Holly Alpine,…
Auteur: Eitanite Bellaïche
