Les enduits de façade utilisés par le secteur du bâtiment contiennent des produits biocides. Utilisés pour empêcher le développement d’algues et de mousse, ils polluent les cours d’eau. Des alternatives existent, mais il n’est pas aisé de faire évoluer les pratiques des peintres en bâtiment, qui appliquent le plus souvent les préconisations des fabricants eux-mêmes. Un projet de recherche européen entre France, Allemagne et Suisse s’est penché sur la question.
Les façades des bâtiments sont rarement « juste » des façades. Elles jouent un rôle social insoupçonné dans l’imaginaire collectif, entre fonction protectrice, image esthétique renvoyée et prolongation de l’habitat intérieur.
En réponse à la première exigence de protection, le secteur du bâtiment a développé des innovations techniques consistant à introduire des biocides dans les couches extérieures (crépis, peinture…) des murs afin de lutter contre le développement des algues, champignons et autres mousses. À la clé, des conséquences non intentionnelles mais problématiques : la diffusion de ces agents dans l’environnement.
Des études en archéologie avaient déjà démontré que la couche protectrice que forme le couvert bactérien (algues et mousses) sur les monuments historiques contredisait les approches interventionnistes qui cherchent à les éliminer, que ce soit par le recours aux biocides, ou au nettoyage systématique.
Un vaste projet européen de trois ans (2019-2022), auquel j’ai participé, a justement porté sur la pollution aux biocides utilisés dans les enduits de façades dans les eaux souterraines de la région du Rhin supérieur. Cette recherche interdisciplinaire (écotoxicologie, hydrologie, sciences sociales) a été portée par cinq universités de cette région trinationale entre Allemagne, France et Suisse.
Dans ce cadre, il a fallu interroger la ville dans sa dimension socioécologique, entre conception…
Auteur: Guillaume Christen, Chercheur associé à l’Université de Strasbourg, docteur en sociologie de l’environnement, Université de Strasbourg

