Une baisse additionnelle de 2 % de l’investissement suite à la censure et à la démission du gouvernement Barnier : tel est l’impact anticipé par les modèles économiques. Focus sur la méthodologie utilisée pour mieux comprendre les chiffres qui circulent dans le débat public. Et réponse à une question subsidiaire : peut-on y échapper ?
Depuis l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Macron, la France connaît une période de troubles politiques dont les conséquences économiques sont largement discutées dans les médias. La démission du gouvernement Barnier le 5 décembre 2024 a encore plus accentué les incertitudes sur l’avenir politique et économique du pays. Mesurer l’incertitude et ses effets n’est pas une chose aisée car cette donnée n’existe pas dans la nature ; il faut donc la calculer.
Tout d’abord, revenons rapidement sur la différence conceptuelle entre le risque et l’incertitude mise en avant par Franck Knight (1921). Le risque correspond à une situation où la distribution des probabilités pour une série d’événements est connue. En revanche, l’incertitude, parfois appelée incertitude profonde ou radicale, désigne une situation où les agents n’ont aucun moyen de prédire la probabilité que des événements se produisent. C’est une plongée dans l’inconnu ; une confrontation avec une situation qui n’a jamais existé. Par exemple, le Brexit correspond davantage au concept d’incertitude, car, quand il a eu lieu, c’était la première fois qu’un pays décidait de quitter l’Union européenne. Cependant, d’un point de vue empirique, il est très difficile de faire cette distinction théorique entre risque et incertitude.
L’incertitude de politique économique
Parmi les différentes formes d’incertitude, l’incertitude liée aux politiques économiques a souvent été au cœur de chocs majeurs qui ont affecté l’économie mondiale,…
Auteur: Laurent Ferrara, Professeur d’Economie Internationale, SKEMA Business School

