Chercheur en anthropologie, professeur au Collège de France et à l’université de Princeton, Didier Fassin vient de publier aux éditions La Découverte un livre salutaire et courageux sur le consentement – et dans bien des cas le soutien actif – des élites occidentales à la guerre génocidaire que mène l’État d’Israël contre les Palestinien-nes de Gaza et au nettoyage ethnique qui s’opère dans le même temps en Cisjordanie. Nous vous en proposons un extrait ici.
Le fait qui, sans doute, hantera le plus durablement les mémoires, y compris peut-être en Israël, est la manière dont l’inégalité des vies a été donnée à voir sur la scène de Gaza et dont elle a été ignorée par les uns, légitimée par les autres[1]. Que, dans le monde, cette injustice suprême – qu’une vie a moins de valeur qu’une autre – soit largement distribuée est une réalité, qui se manifeste en temps de paix comme en temps de guerre[2].
Mais il n’est guère d’exemple où les gouvernements des pays occidentaux en détournent aussi ostensiblement le regard jusqu’à lui trouver une justification et réduire au silence les voix qui la critiquent. Les interventions militaires conduites par Israël à Gaza ont pourtant donné lieu aux écarts de mortalité des populations civiles les plus élevés des conflits survenus dans le monde au XXIe siècle.
Durant l’opération « Plomb durci » de 2008, selon les données recueillies par l’organisation israélienne de droits humains B’Tselem, le ratio des victimes était de 255 pour 1 parmi les civils, tandis que 318 enfants étaient tués à Gaza et aucun en Israël[3]. Durant l’opération « Bordure protectrice » de 2014, selon les chiffres de la commission d’enquête indépendante du Conseil des droits humains des Nations unies, ce ratio était de 244 pour 1 parmi les civils, cependant que 551 enfants étaient tués à Gaza et 1 en Israël[4].
Avec l’opération «…
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