Saint-Antoine-sur-l’Isle (Gironde), reportage
« On est bien, ici. Mais pour combien de temps… » Face au paysage qui l’entoure, Nelly Bordet a du mal à garder le sourire. Le cadre est pourtant idyllique : des canards barbotent dans une mare ; au loin, des brebis paissent tranquillement. Mais depuis trois ans, il est le théâtre d’un conflit qui l’oppose à son voisin : bientôt, sa maison pourrait être cernée de 24 hectares de panneaux photovoltaïques.
Nelly et son mari pensaient pourtant avoir trouvé leur coin de paradis, il y a seize ans : une grange à rénover à Saint-Antoine-sur-l’Isle, en Gironde. « Le calme, la nature et la proximité avec la forêt… C’était la maison parfaite », soupire Nelly. En 2023, quand un représentant de la firme frappe à leur porte en se trompant d’adresse, elle découvre que son voisin s’apprête à louer ses terres à Enoé, un producteur d’énergie renouvelable. « On a été blessés. Ni notre voisin, ni la maire n’ont jugé bon de nous parler de ce projet. » Face à leurs inquiétudes, la même réponse : « Il est où, le problème ? »
« Ça nous coûte, mais on n’a pas le choix »
Sur les plans du projet, pourtant, le problème saute aux yeux : la maison de Nelly serait encerclée de trois parcelles recouvertes de panneaux photovoltaïques de 2,2 mètres de haut, et en dessous desquels les brebis de Pascal Sancier, son voisin, continueront de paître. « Je vais me réveiller chaque matin devant un océan de panneaux », résume-t-elle.
Ce qui l’agace surtout, c’est l’absence de communication dans le village : pas de réunion publique ni de débat. Seul un tract d’Enoé glissé dans le bulletin municipal, et les permanences du commissaire enquêteur. « On s’est sentis très seuls, pas écoutés. » La décision revient désormais au préfet.
« Je vais me réveiller chaque matin devant un océan de panneaux »
Pour tenter de…
Auteur: Amandine Sanial

