« Comment peut-on nier l'existence de l'élevage industriel en France ? »

Jean-Marc Gancille est essayiste, auteur de Comment l’humanité se viande — Le véritable impact de l’alimentation carnée, éd. Rue de l’Échiquier, 2024


En marge de l’examen du projet de loi d’orientation pour la souveraineté agricole, finalement adopté le 28 mai 2024, le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a affirmé que l’élevage industriel n’existait pas en France. De tels propos avaient déjà été tenus par Jean-Baptiste Moreau, un temps député de la majorité avant de devenir officiellement lobbyiste.

Pourtant l’élevage industriel existe bien en France, même s’il n’a gagné notre pays qu’après la Seconde Guerre mondiale. Sa terre natale, c’est l’État du Delaware, aux États-Unis : Celia Wilmer Steele en aurait été la pionnière. En 1923, elle décida d’élever pour leur viande 500 poussins livrés à sa ferme par erreur. Elle les nourrit au grain additionné de vitamines et rendit sa petite entreprise si rentable qu’en 1926 elle monta un poulailler de 10 000 places.

Après-guerre, la France voulait avec l’Europe retrouver une autosuffisance alimentaire par une politique agricole offensive. L’amélioration des rendements céréaliers alimentant de nouveaux élevages « optimisés » fit baisser les coûts, encourageant ainsi la demande : de 37 kilos par habitant en 1950, la consommation de viande grimpa à 85 kilos en 1975 – en parallèle, le nombre de bouches à nourrir augmenta avec le baby-boom. Les marchés internationaux s’ouvrirent grâce au développement du transport frigorifique et la France devint le troisième exportateur mondial de produits agricoles.

L’industrie de l’élevage a gagné toute la campagne française

Dans les années 1950, en France, une exploitation de quelques centaines de poulets aurait été qualifiée d’« industrielle ». Mais aujourd’hui, l’élevage traditionnel de volailles, cochons ou lapins a quasiment disparu. Il ne concerne plus que des…

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