Il en va du communautarisme comme du politiquement correct : personne ne s’en réclame pour son compte. L’auteur de cet article le sait bien : il s’est souvent vu taxé de communautarisme parce qu’il constate l’existence d’une communauté de pratiques fondée sur des lieux de rencontre et des expériences partagées, soutient l’idée que le lien communautaire est le mieux à même d’opposer des contre-feux à des situations dramatiques comme la crise de sida, et croit dans la nécessité démocratique des luttes minoritaires ; mais il ne s’est jamais reconnu dans la description faite par les détracteurs d’un communautarisme censé mettre en péril l’unité républicaine et les principes universalistes.
Le communautarisme n’est pas une philosophie politique, mais un motif polémique, qui sert en France à faire valoir a contrario la reformulation d’une culture républicaine, laïque et nationale, prétendument menacée par quiconque en questionne les points aveugles. Communautarisme est la signature lexicale de tout discours visant à discréditer la politisation des questions minoritaires.
Il faut donc distinguer entre l’histoire des mobilisations homosexuelles et celle de la « raison communautariste ». Certains mouvements gais et lesbiens des années 1970 peuvent affirmer le caractère intrinsèquement politique de la sexualité sans que leurs adversaires d’alors leur reprochent leur » communautarisme « .
À l’inverse, la mise en garde contre un « danger communautariste » est formulée pour la première fois en France à une époque de démobilisation relative du milieu gai et lesbien : pour mémoire, la manifestation organisée à Paris le 6 mai 1991 pour protester contre l’adoption par le Sénat d’un amendement au Code Pénal qui rétablissait le délit d’homosexualité instauré en 1942 par Pétain et abrogé en 1982 par Mitterrand ne rassembla pas plus de 200 personnes. Au même moment, l’argumentaire…
Auteur: Philippe Mangeot

