Dès l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, les principaux partis de la gauche ont lancé leur alliance sous la bannière « Front populaire » pour les législatives à venir. Un label qui renvoie à un moment politique fort, qui a marqué la France en profondeur, mais dont on a parfois un peu oublié les enjeux.
L’histoire du Front populaire invite à revenir sur les représentations de cet événement majeur car nous avons tous dans notre mémoire collective des images qui marquent cette période : les grèves avec occupation d’usines, les premiers congés payés, etc.
Effectivement, Charles Trenet chantait à l’époque « Y’a d’la joie » et les grèves sont un moment d’espoir et de bals, mais en même temps, la société française est traversée par des tensions, des rivalités, des haines – rappelons que Léon Blum a failli se faire lyncher par l’extrême droite au début de l’année 1936. Ainsi, on mesure les dimensions multiples du moment Front populaire, une dynamique à la fois sociale, politique et culturelle.
Au-delà des mythes, il demeure important de comprendre les enjeux de l’époque, les tensions à l’œuvre au cours de la période 1934-1938 ; une période marquée par sa brièveté. L’enchaînement des manifestations, l’émergence de nouvelles pratiques politiques et culturelles permettent de mieux saisir le Front populaire.
Ces dimensions multiples invitent également à penser l’événement dans un jeu d’échelles, où les logiques internationales rencontrent les logiques nationales, voire locales, de l’usine, du village ou du quartier. Le Front populaire s’inscrit dans différents territoires, tout en cumulant trois dynamiques : un mouvement social, une séquence politique et un foisonnement culturel sans précédent.
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Auteur: Jean Vigreux, Professeur d’histoire contemporaine, directeur de la MSH Dijon, Université de Bourgogne

