Le grand élargissement de l’UE aux pays d’Europe de l’Est est advenu il y a vingt ans, le 1er mai 2004 : dix pays d’un coup, et même douze avec ceux du 1er janvier 2007 ! Face à la guerre d’invasion que livre en 2024 la Russie à l’Ukraine, cet anniversaire résonne singulièrement : sur les douze nouveaux États membres d’alors, neuf avaient été incorporés de force dans l’empire soviéto-russe disparu en 1991. Aujourd’hui, les Européens ont décidé de s’élargir à l’Ukraine, à la Moldavie, voire à la Géorgie – l’une envahie par la Russie, l’autre craignant de l’être, la troisième sous son emprise.
Les pays de 2004-2007 composaient ce que Milan Kundera, romancier et dissident tchécoslovaque exilé en France, nomma en 1980 « l’Occident kidnappé ». Comme en écho, en 1991, son compatriote Vaclav Havel, dramaturge et dissident devenu président de la République tchécoslovaque, expliqua d’une part l’importance de « frayer aux démocraties d’Europe centrale et orientale post-communistes un chemin vers les Communautés européennes et de préparer leur intégration » et d’autre part que « chacun sait que les pays qui viennent de se débarrasser du communisme ne peuvent devenir membres des Communautés européennes en un jour ».
2004 serait-il le point de départ d’une vague d’élargissement toujours en cours, résultant de la confrontation entre ces deux projets géopolitiques concurrents que sont la construction européenne et l’hégémonie russe ? Selon Vaclav Havel, dans Le cauchemar du monde post-communiste (1994) :
« La chute de l’Empire communiste est un événement dont l’importance égale celle de la chute de l’Empire romain. […] Ce changement considérable est pénible, et il prendra beaucoup de temps. »
Un élargissement record
Jusqu’alors, les élargissements précédents de l’UE avaient porté sur un à trois pays en même temps. Danemark,…
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Auteur: Sylvain Kahn, Professeur agrégé d’histoire, docteur en géographie, européaniste au Centre d’histoire de Sciences Po, Sciences Po

