Toulouse (Haute-Garonne), reportage
« Je rêve juste d’une petite chambre, quelques jours au bord de l’océan, soupire Kadidja, 64 ans. Observer les rouleaux, respirer l’air marin et changer de décor. » Des larmes ruissellent sur ses pommettes. Elle s’excuse. Puis, entre deux sanglots, murmure : « Malheureusement, nous ne pourrons jamais nous payer ça. Nous sommes condamnés à rester dans ce trou à rat. » D’une main délicate, son époux Mohammed la console en silence.
Le 29 juillet, le thermomètre a franchi les 39 °C à Toulouse. À La Faourette, quartier populaire blotti entre la rocade et la Garonne, les habitants des barres HLM des années 1960 suffoquent. Nuit et jour, les hélices du ventilo bercent Kadidja et Mohammed. Tous deux retraités, leur T4 s’est transformé en « véritable fournaise » : « Dans la cuisine, il n’y a plus de volets. Et le bailleur social n’est pas près d’en ajouter », peste le mari.
Ici, la moindre faille peut être pernicieuse. Dans l’encadrure de la porte, au quatrième étage d’une tour, Karim apparaît les yeux mi-clos et les cheveux ébouriffés : « Sans mentir, on étouffe. Surtout ceux n’ayant pas de clim’… comme moi. » Au rez-de-chaussée, une éclipse semble avoir précipité Ferial dans l’obscurité totale. Ses persiennes à la peinture écaillée ont toutes été verrouillées : « Dès que le mercure frôle les 40 °C, plus aucun remède ne fonctionne. Impossible de lutter : dans ces passoires, la chaleur s’infiltre. »
Quartiers d’été
Envoûté par Morphée, Félicien somnole à l’ombre d’un érable. Une brise fiévreuse caresse son visage. « Même en commençant à l’aube, on cuit, témoigne l’ouvrier dans le BTP. Les températures sont insoutenables dès 11 heures. Malheureusement, on n’a pas le choix. Les chantiers n’avancent pas seuls. » À côté de lui, un homme s’improvise un crop top avec son t-shirt déjà imbibé de…
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Auteur: Emmanuel Clévenot

