Depuis le 15 avril 2023, le Soudan a sombré dans une guerre d’une extrême violence, et ce n’est qu’au moment de la prise de la ville d’El-Fasher par les paramilitaires que le conflit a refait surface dans l’agenda médiatique français. Ce réveil médiatique tardif pris davantage la forme d’un sursaut ponctuel que d’un réel changement de regard. Interroger ce silence nous conduit à questionner plus largement le traitement médiatique du conflit soudanais, la hiérarchisation des crises, et les cadres de pensée hérités qui continuent de structurer le traitement et la production de l’information au sein des médias institutionnels français.
Depuis avril 2023, la guerre opposant l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide a provoqué l’une des pires crises humanitaires contemporaines. Pourtant, cette tragédie a longtemps été reléguée aux marges de l’actualité. Lorsque le Soudan est évoqué, c’est souvent à travers des formats courts, factuels, réduits à des chiffres de déplacés ou à des alertes humanitaires, sans véritable mise en contexte politique ou historique. Cette couverture fragmentaire empêche de saisir la profondeur du conflit.
Déplacé.es de la ville d’El Fasher à Tawila. Auteur : Sipa-NRC.
L’un des arguments les plus fréquemment avancés pour justifier la faible couverture du conflit soudanais est celui de sa supposée complexité. Le Soudan serait trop difficile à comprendre et trop fragmenté. Or, cette idée mérite d’être frontalement dénoncée.
D’abord parce qu’aucun conflit contemporain n’est simple. Toutes les guerres, notamment en Europe ou au Proche-Orient, sont traversées par des couches historiques, géopolitiques et sociales tout aussi denses. Pourtant, elles font l’objet d’un effort constant de pédagogie médiatique. Le conflit soudanais n’est pas plus complexe qu’un autre : il est surtout moins expliqué.
Ensuite, parce que la complexité ne…
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