« Le sang et l’eau ne peuvent pas couler ensemble », disait Narenda Modi, en 2016. Près de dix ans plus tard, le Premier ministre indien semble prêt à mettre sa menace à exécution : il a annoncé mardi 6 mai que son pays allait « couper l’eau » des fleuves qui prennent leur source sur son territoire et irriguent le Pakistan.
Cette décision intervient dans un contexte d’escalade militaire avec son voisin et ennemi de longue date : des affrontements et bombardements ont lieu des deux côtés de la frontière depuis le 6 mai, faisant au moins 36 morts côté pakistanais et 16 côté indien. Ce violent épisode fait suite à un attentat au Cachemire indien le 22 avril, dont l’Inde impute la responsabilité à Islamabad.
L’irrigation du Pakistan dépend de l’Inde
« Si l’Inde utilise l’arme de l’eau, ce serait catastrophique pour le Pakistan, dit Franck Galland, spécialiste des conflits hydriques et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. 65 % de la surface du pays se trouve dans le bassin de l’Indus [fleuve qui traverse d’abord l’Inde]. Il y a aussi le plus vaste système d’irrigation du monde, avec 200 000 kilomètres de canaux… mais il est alimenté à 90 % par les eaux de l’Indus. Ce serait désastreux pour l’agriculture, pour l’alimentation en eau de la population, mais aussi pour le nucléaire, parce qu’il faut de l’eau pour refroidir les centrales. »
En prenant la décision de fermer les robinets, l’Inde a suspendu sa participation à un traité de partage des eaux, signé en 1960 avec le Pakistan. Ce Traité de l’Indus autorisait l’Inde à utiliser l’eau des fleuves pour produire de l’électricité et pour irriguer ses cultures, mais lui défendait de modifier leur tracé ou leur débit. À la suite de cette rupture unilatérale du traité, Islamabad a décrété que toute tentative de…
Auteur: Scandola Graziani

