Conquérir l’État ? 

Comment définir l’État ? Construction institutionnelle centralisée, son pouvoir s’exerce sur une communauté nationale et un territoire délimité. Mais l’histoire des États modernes est surtout celle de la tension permanente entre des frontières et des peuples, des droits partagés et des inégalités instituées, un domaine public et une sphère privée, des structures politiques et des luttes sociales, des dimensions nationales et internationales toujours entremêlées.

Aux antipodes de la conception, promue par la tradition libérale, d’une sphère politique séparée des dimensions économique et sociale, les diverses approches marxistes portant sur l’État capitaliste ont en commun d’aborder son lien constitutif avec une organisation de la production fondée sur l’exploitation et surtout avec le conflit social entre travail et capital. C’est ce conflit fondamental que l’État gère mais aussi déguise.

Traversé en retour par les contradictions économiques et sociales dont il constitue la forme politique, il ménage une place variable aux revendications des classes dominées, en vue de pérenniser un ordre social inégalitaire et de garantir l’accumulation du capital. Mais il a aussi souvent été appréhendé dans l’histoire des mouvements d’émancipation comme un lieu à partir duquel on pouvait transformer le social. Certains auteurs marxistes eux-mêmes ont recommandé aux dominés de s’approprier l’État selon des modalités diverses. C’est pourquoi sa conquête a été pensée comme la condition préalable de l’émancipation, voire comme son instrument, mais aussi comme ce qui la menace.

Que cette question continue de faire débat montre à quel point la définition de l’État, au même titre que celles de nation et de peuple, qui en sont inséparables, est d’ordre stratégique. S’interroger sur sa nature et ses missions est une démarche constitutive du projet de sa conquête et de sa…

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Auteur: romain romain