La contre-anthropologie, ça peut être en un sens assez commun la manière dont les indigènes se représentent et critiquent la culture du colon. Pourquoi n’est-ce pas tout bonnement de l’anthropologie ? Parce qu’il ne faut pas trop croire ce que racontent les scientistes blancs déguisés pour quelques semaines en aventuriers. Les pratiques contre-anthropologiques sont des sortes de théâtres où rugit un rire de résistance contre l’esprit de sérieux occidental, dont on se paie allègrement la tête. Il en existe bien des exemples : Jean-Christophe Goddard en a narrés quelques-uns dans son livre, qu’il est venu nous raconter.
Les pratiques contre-anthropologiques existent aussi sous forme de discours ; c’est là toute une tradition critique indigène, puissante, protéiforme.
Au fond ce qui est critiqué, haï, c’est la destruction systématique des autres mondes. Qui n’ont rien d’idéologiques, sauf à accepter que l’idéologie tue aussi, et que donc les vieux dualismes sont périmés. Ainsi, à propos des suicides indigènes massifs en Guyane : « Derrière chaque suicide, c’est un même cosmocide. » Ce qui est critiqué c’est l’ethnocide colonialiste généralisé, l’extractivisme débridé, le patriarcat occidental exporté – mais aussi tout un tas d’autres institutions, à commencer par l’école ; en ce que tout cela annihile des formes d’autochtonie qui savent, elles, que l’être n’est pas un minerai. Elles le savent encore aujourd’hui, parce que ce serait donner trop de crédit au capitalisme mondial que de le croire absolu : « le choc de la colonisation n’a […] pas réussi à être fatal ». …
Auteur: dev

