Contre la sécheresse, une forêt comestible s'épanouit dans l'Hérault

Saint-Étienne-d’Albagnan (Hérault), reportage

C’est un jardin-forêt extraordinaire. Un petit sentier serpente à travers une végétation touffue. À chaque pas, une plante comestible se dévoile. Delphine égraine des noms appétissants : fraisier des bois, oranger rustique, asiminier « aux saveurs de banane et de mangue », palmier abricot. « Nous sommes entourés de nourriture », sourit-elle. Une légère brise caresse son visage. Malgré le soleil brûlant, l’air semble humide et frais sous la canopée. « Le sol d’une forêt retient huit fois plus d’eau que celui d’un champ, explique Daniel. C’est la vraie solution face à la sécheresse. »

Alors que la France traverse une vague de chaleur précoce et que plusieurs départements sont déjà en alerte sécheresse, la forêt jardinée de Delphine et Daniel, nichée au creux d’une vallée du Haut-Languedoc, est un havre de paix. Les premiers jardins-vergers ont été créés par des adeptes de la permaculture « dans l’idée de suivre le modèle de la forêt naturelle, mais en y semant des espèces comestibles », dit Daniel. Les avantages sont multiples : « On restaure les sols, on préserve la biodiversité — beaucoup plus riche dans une forêt que sur un terrain nu — on produit de la nourriture en respectant la nature et en économisant l’eau. »

Des fraises récoltées dans leur forêt-comestible.

À l’abri des chênes verts, Delphine désigne délicatement un jeune poirier, planté l’année dernière, et « jamais arrosé ». « Le sol forestier est plus riche en humus, il s’érode peu, et stocke donc plus d’eau, détaille-t-elle. Les arbres semés en direct [à partir du noyau et du pépin, et non pas après avoir grandi en pot] développent des racines profondes, leur permettant d’aller chercher des ressources loin dans la terre. » Sous les cimes, il y a aussi plus d’ombre et moins de vent. Éponge, parasol, paravent… Autant d’atouts face aux dérèglements du climat. Pour contrer la désertification, l’ONU a d’ailleurs fait de la reforestation une priorité absolue. Les jardiniers permaculteurs entendent pour leur part faire coup double : reboiser tout en « recouvrant notre autonomie alimentaire », soutient Daniel.

« Nous agissons comme nos cousins primates, en disperseurs de graines, en semeurs de vie »

Certains pionniers, comme Fabrice Desjours, en Bourgogne, sont partis d’un terrain nu, où ils ont peu à peu fait fructifier plantes à baies, tubercules et fruitiers. Leur studio parisien vendu,…

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Auteur: Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre

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