« Cette forme, nous la nommons communisme. D’autres préfèrent la nommer poésie. Pour nous, c’est la même chose. »
Thématiser la politique c’est, de fait, la concevoir moins comme un rapport spécifique que comme un contenu (théorico-inerte), avec quelques dommages pour sa dynamique et sa capacité à bousculer les délimitations.
— Olivier Neveux, Contre le théâtre politique
JLG/PPP : QUELQUE CHOSE D’ÉCRIT ?
Godard ne cesse de renvoyer le cinéma de Pasolini à « quelque chose d’écrit », allant même jusqu’à condamner sa linguistique : « une table de montage réactionnaire » ; Pasolini, quant à lui, ne cesse de placer Godard dans le rang des poètes-cinéastes, contribuant à l’édition de ses textes sur le cinéma, dans un ensemble qu’il a lui-même choisi d’intituler « Il cinema è il cinema » — attestant ainsi de sa compréhension de l’aspect tautologique d’une oeuvre qui n’a d’autre horizon que le cinéma lui-même.
Ce n’est donc pas la défense obstinée de l’autonomie de son champ — dont il comprend aisément l’enjeu et la radicalité, en tant que poète précisément — ni même la sophistique godardienne qui agacent Pasolini, mais le caractère « vulgaire » et « étroitement parisien » d’une langue séparée de la réalité prolétarienne et sous-prolétarienne.
Pour mieux comprendre cet agacement de Pasolini (qui n’empêchera pas l’amitié), intéressons-nous à deux figures antagonistes de leur oeuvre cinématographique des années 60 : Accattone & Pierrot le fou.
Accattone est un sous-prolétaire romain n’ayant d’autre horizon social que la périphérie romaine et ses petits trafics ; Pierrot le fou, quant à lui, est un bourgeois qui rompt avec sa classe en s’embarquant dans une fuite kamikaze et féerique, renouvelant ainsi son horizon existentiel en des espaces jusqu’alors ignorés.
En somme, dans l’un et l’autre film, il est avant tout question d’espace et de clôture, de leur rapport, de la possibilité ou de la non possibilité d’une brèche — et cela sous des modalités radicalement différentes, c’est à dire : ancrées sur des terrains sociaux antagonistes (la bourgeoisie parisienne & le sous-prolétariat romain).
L’errance ou la fuite. Deux dynamiques dotées de leur poétique propre : la première, soustraite à la société bourgeoise, se déploie en ses marges ; la seconde, qui se fait acte de rupture volontaire, depuis la bourgeoisie elle-même, vers ses confins (mais en sort-elle vraiment ?).
Le langage…
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Auteur: lundimatin

