Saint-Lô (Manche) reportage
« Ces serres à tomates me font peur car j’ai l’impression que c’est ça, l’avenir de l’agriculture, dit Charlotte, qui est en lycée agricole dans la Manche. Ce modèle utilise de l’eau et des énergies fossiles, empiète sur les terres agricoles, fait flamber leurs prix et bloquent les jeunes paysans comme moi dans leur installation. » Avec une vingtaine de camarades, elle a entravé l’entrée de la préfecture de Saint-Lô, dans la Manche, lundi 23 juin vers 8 heures, pour contester le projet de mégaserre voisin, à Isigny-le-Buat.
Malgré un premier rejet de l’autorisation environnementale en novembre 2024, la filiale locale de la multinationale hollandaise Agro Care aimerait considérablement agrandir le site de 12 hectares de tomates hors-sol en serres chauffées qu’elle possède à Isigny-le-Buat. Une emprise territoriale qui s’ajouterait à l’autre exploitation du groupe dans le même département, 17 hectares situés à Brécey.
Face à une telle perspective, le crachin normand n’a pas découragé ces militants, dont certains sont agriculteurs. Une partie d’entre eux se sont attachés aux grilles de l’entrée de la préfecture, cagoule en forme de tomate sur la tête, pendant que d’autres accrochaient plusieurs pancartes aux messages hostiles à l’entreprise.
Une industrie qui dévore la ressource en eau
« Les tomates industrielles sont très gourmandes, on parle de 250 000 m3 d’eau nécessaires par an juste pour la serre d’Isigny-le-Buat », avance Robin, jeune agriculteur détrempé par la pluie du jour devant la grille de la préfecture. Un problème majeur alors que se profile la sécheresse dans la Manche.
« Agro Care est dans une phase d’expansion et vise les 1 000 hectares en Europe, ce qui équivaut au total des serres chauffées de ce type en France, dit Aurélien Marion, co-porte-parole de la Confédération paysanne de la Manche. Ils ont de…
Auteur: Guy Pichard

