Sainte-Soline (Deux-Sèvres), reportage
Perdue au milieu de l’interminable plaine céréalière du marais poitevin, la mégabassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) fait figure de citadelle assiégée. De hauts talus de terre glaise servent de chemin de ronde aux forces de l’État. Plusieurs hélicoptères quadrillent le ciel, recouvrant le gazouillis des oiseaux. Des dizaines de camions de la gendarmerie encerclent l’ouvrage agricole. Le canon à eau est prêt. 3 200 gendarmes et policiers font barrage aux manifestants.
« Tout ça pour un trou », grince une militante. Face à un tel dispositif, une foule immense et impressionnante : 30 000 personnes venues dénoncer la construction de cette mégabassine et l’accaparement de l’eau au profit d’une agriculture industrielle.
Les plus motivés d’entre eux — 4 000 personnes selon les organisateurs — ont dormi à six kilomètres d’ici, dans un pré du village de Vanzay. La pluie, tombée abondamment pendant la nuit, a transformé leur campement en une mer de boue, sans entamer leur détermination. Dès dix heures du matin, les premiers groupes se sont élancés à travers les champs, répartis en trois cortèges : l’outarde rose, la loutre jaune et l’anguille turquoise.
« C’est un jeu : on verra ceux qui arrivent en premier à la bassine », sourit une militante en distribuant des plans et des tracts d’information. Sainte-Soline est l’une des seize retenues d’eau qui doivent être construites sur le territoire de la Sèvre niortaise. Une mobilisation d’ampleur avait déjà été organisée sur le même site en octobre 2022. Cette fois encore, la manifestation a été interdite.
« Les personnes qui souhaitent se rendre sur ce rassemblement interdit, se mettent dans une situation qui est une infraction pénale. Je leur déconseille de venir », avait déclaré Emmanuelle Dubée, la préfète des Deux-Sèvres.
Cette intimidation n’a pas eu l’effet escompté. « Je suis venue ici car la dernière manifestation m’a mise en colère. Le fait de traiter les gens d’écoterroristes ainsi que la répression ne m’a pas découragé, bien au contraire », dit Hélène, une militante de Greenpeace. Dans le cortège également, de nombreux élus de la France insoumise, du NPA et d’EELV.
« Lorsqu’on déploie 3 200 gendarmes, cela ne peut que mal se passer »
« Ça serait une faute politique de ne pas être ici. D’autant que plus le dispositif sécuritaire est important, plus cela fait venir des gens qui cherchent les affrontements. Lorsqu’on déploie 3 200 gendarmes, cela ne peut que mal se passer », assure Marine Tondelier, la patronne des Verts.
Il est 12 h 30 lorsque les premières détonations retentissent. Aux feux…
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Auteur: Laury-Anne Cholez Reporterre

