Sabine Dullin est historienne. Après avoir écrit notamment sur l’histoire politique de l’URSS en s’intéressant à ses frontières (La frontière épaisse. Aux origines des politiques soviétiques, EHESS, 2014), elle a sorti en octobre dernier un riche essai intitulé Réflexions sur le despotisme impérial de la Russie (Payot). Dans cette interview, elle décrypte la nature coloniale du pouvoir russe tout en esquissant d’autres horizons possibles, portés notamment par les minorités nationales de Russie, surmobilisées sur le front ukrainien.
Réflexions sur le despotisme impérial de la Russie / Sabine Dullin / 272 pages / éditions Payot.
Quel est l’intérêt de la notion de despotisme impérial pour analyser l’histoire russe de l’empire tsariste jusqu’à aujourd’hui ?
Sabine Dullin : Mes réflexions sur le « despotisme impérial » soulignent combien la culture politique russe a pu être enfermée depuis des siècles dans l’intrication entre l’autocratie (d’une dynastie, puis ensuite d’un régime au XXe siècle) et la conquête. C’est vrai que « despotisme » fait un peu désuet. On l’associe en général depuis Montesquieu à ce qui serait oriental, comme si le despotisme était forcément loin de l’Europe. Pour la Russie à l’époque soviétique, le terme le plus souvent utilisé a été celui de totalitarisme. J’ai donc fait le choix de reprendre ce terme de despotisme mais en le dissociant de tout orientalisme.
Mon argument essentiel, c’est de relier le despotisme et l’impérialisme. Car c’est, me semble-t-il, une clé pour entrer dans la boîte noire de ceux qui ont dirigé la Russie. Mon livre entend réfléchir aux questions actuelles en mobilisant le passé. Il entend proposer une réflexion à…
Auteur: Pauline Mussche

