Véronique Mwezo Tsimba s’est arrêtée de parler. « Parce que je sens la rage monter en moi… » Ce 10 novembre, on travaille en petits groupes, lors de la 4ᵉ rencontre internationale des communautés affectées par les barrages et la crise climatique. Dans le gymnase du collège Cesep de Belém, une quarantaine de participant·es – paysan·nes, communautés autochtones, pêcheuses et pêcheurs, universitaires, etc. – partagent leurs succès contre des projets de centrales hydroélectriques qui lèsent les populations locales et la nature. Des succès bien souvent partiels et fragiles, car les puissants intérêts qu’affrontent les populations locales désarment rarement.
Véronique Mwezo Tsimba est une petite commerçante de poissons de la localité d’Inga, en République démocratique du Congo (RDC). Le site, sur le cours inférieur du fleuve Congo, fait briller les yeux des investisseurs, des politiques nationaux et des industriels étrangers : il pourrait en théorie délivrer le potentiel monstrueux de 43 gigawatts d’hydroélectricité, l’équivalent de 26 EPR de Flamanville, une sorte de centrale énergétique continentale que certains voient alimenter jusque l’Afrique du Sud et la Guinée.
40 000 personnes délocalisées
Deux premiers barrages, Inga 1 et Inga 2, produisent de l’électricité depuis 1972 et 1982 respectivement. « Les communautés locales ont été déplacées, sans jamais avoir été consultées ni même indemnisées correctement », témoigne Véronique Mwezo Tsimba. « Les lignes haute tension passent au-dessus de leurs têtes et elles n’ont même pas l’électricité. Nous sommes encerclés par le fleuve, mais nous n’avons pas accès à l’eau, le site est devenu une zone stratégique très surveillée. »
Un jour de 2015, elle apprend de la bouche d’une coalition d’ONG qu’il se trame à Kinshasa le projet de construction…
Auteur: Patrick Piro

