De la période de la COP21 à Paris, j’ai des souvenirs épars et chaotiques, comme une série de flashs pris dans le même marasme anxieux. Le soir du 13 novembre 2015, j’étais interviewée dans le cadre de l’émission qu’avait l’habitude de faire l’ancien vice-président des États-Unis, Al Gore, à l’occasion des COP. Un show à l’américaine : des plateaux un peu partout dans le monde, une mise en scène spectaculaire, le tout livestreamé pendant des heures.
Un journaliste à l’allure d’un jeune Schwarzenegger m’y avait posé des questions piège sur la nature potentiellement « violente » des manifestations que nous organisions. Après ça, pour me remettre du dispositif assez bouffon auquel je venais de me plier, j’étais allée dîner avec un collègue près du Bataclan. Jusqu’à ce que, avec le son des premiers coups de feu, tout bascule. Ce dont je me souviens surtout de cette période, c’est la façon dont notre dynamique a été percutée. Pendant deux ans, nous nous étions consacré·es à l’avenir, sans jamais imaginer que nos conditions de lutte puissent changer radicalement. Et puis, en une nuit, l’horizon s’était refermé.
Nous vivions un basculement grave, et nous n’en étions pas à la hauteur.
À cette époque, je passais de réunions dans des squats à des rendez-vous ministériels, me tenant à une sorte de carrefour improbable, ou à un jeu d’équilibriste. En tant que militante, j’étais engagée dans un réseau européen de désobéissance, Climate Justice Action, et en tant que professionnelle, je coordonnais la Coalition Climat 21. Celle-ci était l’interlocutrice de référence du mouvement social avec le gouvernement.
Nous tentions d’y faire tenir ensemble une centaine d’organisations par ailleurs assez éloignées : des ONG et des syndicats, des dynamiques plus politiques et d’autres strictement intéressées…
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