Bakou (Azerbaïdjan), reportage
« Pays riches, payez ! » Brandi sur des affichettes en carton ou gribouillé au feutre à même le corps, le mot d’ordre est clair. Pourtant, il ne s’échappe d’aucune bouche. Le 16 novembre, des centaines de militants ont encerclé l’un des grands halls de la COP29, en Azerbaïdjan. Une chaîne humaine, sinistre et silencieuse. Ou plutôt réduite au silence. « On nous a cloîtrés dans le coin d’une pièce pour étouffer nos voix », déplore Carin Karl. Béninois, il est l’un des architectes de la Caravane africaine. Celle-ci sillonne les contrées du continent depuis 2022 pour récolter les témoignages de victimes de la crise climatique : « Bakou [la capitale de l’Azerbaïdjan] devait être notre étape finale. Celle du compte-rendu. Seulement ici, personne n’écoute la société civile. »
Jamais deux sans trois, dira-t-on. En 2022 à Charm el-Cheikh, en Égypte, et en 2023 à Dubaï, aux Émirats arabes unis, les grandes marches climat des dernières COP s’étaient déjà parées d’un voile austère. Circonscrites à l’enceinte de salles de négociations, ces déambulations de mi-COP n’égaient plus les boulevards et avenues des villes hôtes comme le voulait autrefois la tradition. Alors pour mieux dénoncer ce bâillonnement, les activistes se sont murés dans un mutisme, que seuls ont brisé quelques claquements de doigts et ronronnements sourds évoquant des chants anticapitalistes.
Dans les couloirs du stade olympique, nombreux observateurs déplorent avoir assisté à « la pire première semaine de l’histoire des COP ». Celle-ci n’a pourtant pas manqué de soubresauts et distractions géopolitiques. À commencer par les allocutions enflammées d’Ilham Aliyev. Le président-dictateur de l’Azerbaïdjan a d’abord qualifié le pétrole et le gaz de « dons de Dieu » avant d’accuser « le régime d’Emmanuel Macron » d’avoir commis des…
Auteur: Emmanuel Clévenot

