« Six voitures banalisées ont déboulé et percuté le véhicule de mes parents. » À l’autre bout du fil, Zhala Bayramova décrit l’arrestation en détail. Sa voix ne tremble pas. « Une vingtaine d’hommes, en civil et sans insigne, ont violemment attrapé mon père et ma mère. Et tous les deux ont été traînés dans deux véhicules différents. » La scène remonte au 23 juillet 2023. Ce jour-là, le docteur en économie Gubad Ibadoghlu est placé en détention par les autorités azerbaïdjanaises. Le début d’un long calvaire pour ce militant anticorruption, devenu bête noire de l’industrie pétrogazière du pays.
Incarcéré 274 jours dans l’attente d’un jugement, l’activiste a observé son état de santé de détériorer grandement au fil des mois. Le 22 avril 2024, craignant que celui-ci n’empire encore, le bureau du procureur a décidé de l’assigner à résidence. À quelques jours de l’ouverture de la COP 29 à Bakou, l’homme demeure privé de libertés, reclus dans son appartement.
Persuadés que les conversations téléphoniques de leur père sont sur écoute, sa fille, Zhala Bayramova, et son fils, Ibad Bayramov, ont accepté de témoigner en son nom auprès de Reporterre. Vivant en exil, en Suède et en Hongrie, tous deux dénoncent une stratégie de musellement des voix dissidentes à l’approche du grand raout sur le climat. Fort de ses travaux universitaires, le Dr Ibadoghlu risquait de jouer le trouble-fête et de braquer les projecteurs sur son domaine d’expertise : comment le pétrole et le gaz ont alimenté l’autoritarisme de cet État postsoviétique ?
« Il se savait la cible du gouvernement, alors nous avons fui »
La répression de la société civile en Azerbaïdjan s’est intensifiée dès la mi-2012, à l’approche d’une nouvelle élection présidentielle. Le président, Ilham Aliyev, désormais aux commandes du pays depuis 21 ans, voulait éteindre les prémices…
Auteur: Emmanuel Clévenot

