« Bon, j’ai une mauvaise nouvelle. » Il fallait bien que ça arrive un jour. Dans un anglais coupé à l’accent bulgare, le contrôleur m’informe que le train restera bloqué à quai pour une durée indéterminée. Dehors, la nuit est tombée depuis quelques heures déjà. Placardées sur les murs décatis de la gare, des lettres en alphabet cyrillique indiquent « Tulovo ». Un village de 1 300 âmes lové juste au sud des reliefs du Grand Balkan. D’ici une heure et demie, mon train de nuit pour Istanbul partira de Dimitrovgrad, à 85 km de là. Le compte à rebours est lancé.
Le 9 novembre, débutera à Antalya — dans le sud de la Turquie — la 31e conférence des Nations unies (ONU) sur le changement climatique. Un rendez-vous annuel incontournable pour Reporterre. Problème : le parc des expositions accueillant ces négociations se situe à 2 647 km à vol d’oiseau de la rédaction.
En l’absence de correspondant sur place, trois options s’offraient à nous. Couvrir l’événement à distance ? Pas satisfaisant. Dans ces espaces diplomatiques, s’immiscent de plus en plus de lobbyistes d’industries polluantes. Beaucoup s’appliquent à enrayer l’avancée des débats en catimini. Des tractations discrètes que nous ne saurions documenter depuis nos ordinateurs à Paris.
Plus d’une tonne d’équivalent CO₂
Les deux autres options ? S’y rendre… en avion ou en train. Ce qui soulève une autre question : celle de l’empreinte carbone générée par un tel voyage. En septembre 2022, Reporterre a activement participé à l’élaboration de la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique, désormais signée par des dizaines de médias. Face à la crise climatique, celle-ci invite les journalistes à « modifier [leur] façon de travailler ». Et plus précisément, comme le détaille l’article 12 du texte, en adoptant des pratiques bas-carbone.
On a donc sorti nos…
Auteur: Emmanuel Clévenot
