La loi martiale déclarée par le président Yoon Suk-yeol pendant quelques heures le 3 décembre dernier a surpris le monde entier. Mais au-delà d’un simple réveil du spectre des anciens régimes militaires, cette décision illustre une tendance aussi à l’œuvre dans la Corée du Sud démocratique, qui consiste à illégaliser diverses formes d’opposition politique.
En Corée du Sud, la loi martiale a été décrétée à de nombreuses reprises sous les régimes autoritaires successifs de Rhee Syngman (1948-1960), Park Chung-hee (1961-1979) et Chun Doo-hwan (1979-1988). Sa dernière application en date, d’octobre 1979 à janvier 1981, avait suivi l’assassinat de Park Chung-hee et, moins de deux mois plus tard, le coup d’État de Chun Doo-hwan.
Sa proclamation dans la nuit du 3 au 4 décembre 2024 par le président conservateur Yoon Suk-yeol, qui a finalement abouti ce 14 décembre à la destitution de celui-ci par l’Assemblée nationale, est donc un fait inédit depuis que la Corée du Sud s’est engagée en 1987 dans une transition vers la démocratie. Comment comprendre ce séisme politique ?
L’apogée du conflit entre le camp présidentiel et l’opposition parlementaire majoritaire
La crise actuelle s’inscrit dans le contexte des rapports extrêmement conflictuels entre le camp présidentiel et l’opposition parlementaire depuis l’élection de Yoon Suk-yeol en mars 2022.
Plusieurs scandales ont émaillé la première année de son mandat : le déménagement impopulaire du bureau présidentiel de la Maison Bleue au bâtiment jusqu’alors occupé par le ministère de la Défense ; la bousculade mortelle d’Halloween ; ou encore l’affaire du sac de luxe offert en caméra cachée à la première dame.
Republic Of Korea/Flickr, CC BY-NC-ND
Ces controverses…
Auteur: Justine Guichard, Maîtresse de conférences en études coréennes, Université Paris Cité

