Une grève prévue chez Samsung ce mois-ci aurait été la plus importante action collective dans une entreprise sud-coréenne depuis l’apogée de la combativité ouvrière des années 1980, impliquant plus de 47 000 travailleurs et travailleuses.
Elle aurait presque certainement constitué le plus grand arrêt de travail de l’histoire de l’industrie mondiale des semi-conducteurs, un secteur où les salaires élevés et les avantages généreux nourrissent souvent, chez une majorité de salarié·es, un sentiment de privilège et de prestige, malgré des conditions de travail saturées de produits chimiques, une concurrence féroce et des horaires longs, éprouvants et risqués.
Le 21 mai, Samsung Electronics Co., Ltd. et deux syndicats du premier fabricant mondial de puces mémoire sont parvenus à un accord salarial provisoire, mettant fin à six mois de négociations tendues et écartant la perspective d’une grève dès le lendemain.
Un accord en demi-teinte
Pour les syndicats et les salarié·es de base, cet accord est, au mieux, contrasté. Il est marqué par un écart considérable de primes entre les travailleurs et travailleuses des puces mémoire et celles et ceux des autres divisions : les premiers devraient recevoir environ 620 millions de wons — soit environ 351 000 euros —, les seconds environ 190 millions de wons — soit environ 107 000 euros.
Ces versements prendront la forme d’actions propres de l’entreprise. Selon la réglementation sud-coréenne, ces actions fonctionnent davantage comme des actions préférentielles non cotées — souvent assorties de dividendes, mais sans droits de vote — que comme des titres définitivement retirés de la circulation, comme c’est souvent le cas dans les économies capitalistes occidentales.[1]
À première vue, l’accord semble refléter des concessions mutuelles entre syndicats et direction : les salarié·es renonceraient à une rémunération…
Auteur: ugopalheta

